Des origines de l’écopsychologie !

ecopsychologie

A l’heure où les bouleversements écologiques s’accélèrent, certains d’entre nous ressentent de la colère, de la tristesse ou de la peur voir de l’angoisse ou du désespoir face à un modèle de société qui incontestablement détruit le vivant. Force en effet est de constater qu’aujourd’hui, les perspectives pour le climat, notre planète et nos civilisations suscitent une large variété d’émotions négatives

C’est ainsi que depuis quelques années les notions d’éco-anxiété et de solastalgie ont vues le jour.

Eco-anxiété de quoi s’agit-il ?

L’éco-anxiété correspond à une peur chronique de la catastrophe environnementale, une forme pour certains de  stress pré-traumatique  générant une anxiété anticipative du fait de l’incertitude des effets du changement climatique. Les individus touchés vivent tenaillés par la peur du futur les empêchant bien souvent d’envisager l’avenir de manière sereine.

Et la solastalgie ?

À côté de l’éco-anxiété, la solastalgie peut se définir comme la nostalgie voir le deuil d’un monde que l’on a connu est qui est assurément sur le point de disparaitre

La différence principale entre solastalgie et éco-anxiété se situe principalement donc le rapport au temps. Alors même que l’éco-anxiété est anticipative, dans le cas de la solastalgie, les émotions sont ressenties a posteriori  du fait de  la perte d’un environnement familier.

Si toutes deux génèrent assurément malaises voir détresses psychologiques ne marquent-elles pas pour autant une certaine lucidité sur le monde, en réaction au changement climatique ?

Ne constituent-elles pas à ce titre tout simplement le symptôme d’une société qui dysfonctionne ?

eco anxiété

Emergence de l’écopsychologie

C’est précisément dans ce contexte de remise en cause de l’ordre existant qu’est née l’écopsychologie.

En effet, dès les années 1960 alors que les Etats-Unis sont en guerre contre le Vietnam, une partie de la jeunesse occidentale s’insurge face à un modèle de société jugé de plus en plus destructeur. Dans le prolongement, et alors que la guerre froide s’installe, la critique du colonialisme, les luttes anti-nucléaires, mais également les revendications féministes naissantes ainsi que les premiers mouvements écologistes permettent à beaucoup d’exprimer le désir d’un autre monde.

Si certains cherchent alors d’autres voies dans le cadre de voyages spirituels en Inde, en quête d’autres inspirations, des actions de contestation collectives voient  également le jour. Peace and Love est à ce titre le credo le plus connu de cette jeunesse révoltée contre les violences faites aux Hommes et à la Terre.

A cette même période des scientifiques, des universitaires et des thérapeutes, américains pour la plupart, commencent à envisager la crise écologique naissante comme la manifestation d’une altération de notre lien à la Terre.

  • En 1960, le psychiatre et psychanalyste, Harold Searles, appelle à prendre en compte l’environnement « non humain » en psychologie.
  • En 1963, le chercheur Robert Greenway évoque pour la première fois la problématique posée par la séparation entre écologie et psychologie et met au point une thérapie reposant sur l’immersion en pleine nature.
  •  En 1973, le Norvégien Arne Naess développe le concept d’écologie profonde (Deep Ecology) s’opposant à un anthropocentrisme devenu largement dominant.
  • En 1982, le biologiste Paul Shepard analyse pour sa part les racines socio-historiques de la déconnexion de la nature.
  • De même à partir des années 1980, Joanna Macy propose des ateliers de Travail qui Relie (TQR), destinés à permettre à chacun d’exprimer, d’accueillir et de partager ses ressentis face au désastre écologique.

Théodore Roszak … vers une véritable contre-culture !

Theodore Roszak

Ce n’est toutefois que sous la plume de Théodore Roszak que le terme d’écopsychologie apparaitra pour la première fois  dans les années 1990.

Historien et sociologue à l’université de Californie, il est notamment connu pour avoir popularisé le terme de contre-culture en 1968. Dans son ouvrage intitulé Vers une contre-culture : réflexions sur la technocratie et l’opposition de la jeunesse, il partage notamment sa crainte de voir les désirs de transformation collective phagocytés par le capitalisme et redirigés dans les circuits de la consommation individuelle.

Après avoir passé sa vie à remettre en cause une société qui, selon lui, disloque les liens sociaux et les écosystèmes sous l’égide de technocrates et d’un impératif de progrès et de croissance, il publie en 1992, La Voix de la Terre ouvrage fondateur de l’écopsychologie. A noter que cette publication intervient en plein essor du mouvement altermondialiste mais également dans le contexte du Sommet de la Terre de Rio.

Pour Roszak, la Terre n’est plus à considérer comme un stock de ressources mais bien comme un organisme vivant à part entière dont l’être humain fait intimement partie. A ce titre, selon ce dernier, l’ensemble de nos pratiques sociales, politiques, éducatives et thérapeutiques sont donc à réinventer afin de retisser notre lien à la Terre et au Vivant.

« La psychothérapie moderne ignore les vastes réalités écologiques qui entourent la psyché, comme si l’âme pouvait être sauvée alors que la biosphère s’effondre » 

Théodore Roszak (1992)

Les hypothèses de l’écopsychologie

Si le premier véritable lien entre écologie et psychologie semble ainsi avoir été tissé par Théodore Roszak, les contours de l’écopsychologie sont toutefois longtemps restés flous pour les non-initiés.

En 2017, Michel Maxime Egger qui a par ailleurs largement participé à diffuser l’écopsychologie dans le monde francophone va pour la première fois en donner une définition précise : l’écopsychologie est l’étude des interrelations entre la nature et la psyché humaine. Elle prend en compte les composantes psychologiques et émotionnelles des problèmes environnementaux, et replace les souffrances humaines dans le contexte écosystémique global.

Cette définition pose ainsi clairement les 3 idées fondatrices de la discipline sur lesquels l’ensemble des spécialistes s’accordent aujourd’hui:

  • Il existe un lien primordial entre l’être humain et la nature
  • L’oubli, l’ignorance ou la destruction de ce lien conduit à des déséquilibres et à des souffrances pour la Terre (dégradations écologiques) et pour l’être humain (mal-être, anxiété, …)
  • Restaurer notre lien au vivant est indispensable afin de construire une société qui soutienne la vie. La santé et le bien-être de l’Homme et du Vivant sont indissociables

A ce titre, l’écopsychologie contribue donc activement à aider l’Homme à faire face à la dégradation inéluctable de l’environnement, aux incertitudes qui en découlent et à l’angoisse d’habiter un monde qui est en train d’être dévasté !

Plus important encore, elle nous accompagne à accueillir nos ressentis et nos émotions afin de les transformer en pouvoir d’agir !